Série des carrières émergentes

Série des carrières émergentes

La série sur les carrières émergentes est une rubrique mensuelle composée d'entretiens avec des infirmières et infirmiers spécialisés. Cette série explorera les parcours professionnels d'infirmières et infirmiers dans des domaines de pratique spécialisés établis et émergents, et discutera du cheminement personnel et professionnel entrepris pour atteindre ces spécialités.

Jon Schmid

Dans cette série d’entrevues, nous explorons un large éventail de spécialisations infirmières et de secteurs de soins à travers le cheminement professionnel d’infirmières et infirmiers inspirants. Les infirmières et infirmiers qui viennent d’obtenir leur diplôme ou qui œuvrent dans un domaine émergent et évolutif gagneront à prendre connaissance de parcours professionnels souvent atypiques dans le vaste champ de la pratique infirmière.

Récemment, j’ai eu la chance d’interviewer Jon Schmid. Je tiens à vous faire part de ce qu’il m’a dit de sa carrière, de son accession au leadership, de la façon unique dont il s’est perfectionné comme infirmier et des expériences qu’il aimerait partager avec les infirmières et infirmiers novices.

Jon Schmid a amorcé sa carrière dans le secteur de la santé en 1995, en recevant une formation d’assistant médical puis d’agent des soins infirmiers dans la Première réserve des Forces armées canadiennes. En 2001, il a obtenu son baccalauréat en sciences infirmières à l’Université de la Saskatchewan et commencé immédiatement à travailler à l’urgence du Royal University Hospital à Saskatoon. Jon a ensuite obtenu une certification en soins intensifs et travaillé comme infirmier en soins primaires dans le Nord canadien, infirmier de voyage et infirmier embarqué en pratique avancée. Durant ses dix premières années de carrière, Jon a comblé sa passion pour l’apprentissage et l’enseignement en étant infirmier responsable de l’urgence, infirmier clinicien enseignant, chargé de cours en sciences infirmières à l’Université de Northern British Columbia et à l’Université de la Saskatchewan, instructeur SARC et coordonnateur administratif des soins intensifs de réanimation des traumatisés. Durant la décennie suivante, il s’est réorienté vers des fonctions de direction à titre de gestionnaire des soins infirmiers d’urgence, directeur de l’imagerie médicale, directeur de l’accès et de la circulation, directeur des opérations cliniques d’un hôpital, puis chef de la direction de l’un des principaux organismes sans but lucratif de soins palliatifs au Canada. Parallèlement, il a obtenu une certification de consultant en amélioration de la qualité des soins de santé, une accréditation de Lean Leader et une maîtrise en qualité des soins de santé de l’Université Queens. Il est actuellement consultant canadien en solutions de soins de santé et affaires gouvernementales auprès d’un organisme sans but lucratif mondial actif dans 76 pays.

Jon reste très attaché aux soins infirmiers et convaincu de l’importance de soutenir les infirmières et infirmiers par l’éducation, le mentorat et un leadership clinique solide.

J’ai commencé par lui demander ce qui l’avait amené à la profession infirmière. Étonnamment, il m’a répondu que c’était arrivé un peu par hasard. Envisageant d’abord une carrière dans la police, il a voulu s’y préparer en acquérant une expérience militaire dans le cadre de laquelle il a suivi une formation d’assistant médical en 1995. À cette occasion, il s’est découvert un vif intérêt pour les soins infirmiers en traumatologie et a décidé de faire un baccalauréat en sciences infirmières à l’Université de la Saskatchewan. Fort de son expérience d’assistant médical et toujours intéressé par la traumatologie, il a débuté sa carrière d’infirmier à l’urgence d’un hôpital de Saskatoon.

« J’adorais la pression qui venait avec le fait d’entreprendre quelque chose de neuf. »

Jon souligne que son passage à la pratique professionnelle a été quelque peu atypique. Bien qu’il ne le recommande pas aux nouveaux diplômés et bien que cela ait été épuisant, il m’a dit qu’il avait adoré débuter directement dans les soins de traumatologie. Il aimait répondre aux besoins immédiats des patients dans des circonstances très éprouvantes (où il a mis à profit son expérience d’assistant médical). En plus du soutien qu’il a reçu comme novice dans ce milieu de soins, il a eu d’excellents mentors à l’époque.

Les années suivantes, Jon a été infirmier en soins primaires dans des collectivités du nord de la Saskatchewan accessibles seulement par avion. À ce titre, il devait travailler dans un certain isolement et faire preuve de beaucoup d’autonomie dans sa pratique et sa prise de décisions. Par la suite, Jon s’est inscrit dans un programme d’infirmier praticien en soins primaires (à l’époque où de tels programmes étaient plutôt rares), mais il a quitté cette voie après avoir compris qu’il n’était pas fait pour le poste d’infirmier praticien communautaire. Il s’est plutôt tourné vers la gestion des soins d’urgence, l’enseignement au premier cycle et ses propres études de deuxième cycle. Plus tard, il a assumé des postes de leadership de plus grande envergure, supervisant parfois des sites multiples et des milliers d’employés.

Après avoir déménagé sur la côte ouest du Canada, Jon a continué de se perfectionner en leadership en exerçant des fonctions de direction, notamment dans l’assurance de la qualité et les opérations cliniques. Responsable des opérations cliniques d’un hôpital durant la COVID-19, il a mis à profit ses compétences et son expérience pour traverser les nombreuses vagues de la pandémie aux côtés de son personnel. Cependant, au bout de deux ans de travail acharné et incessant, il a ressenti le besoin de changer d’environnement. Lorsqu’on lui a offert le poste de chef de l’exploitation d’un grand centre de soins palliatifs à proximité, Jon a décidé de saisir l’occasion.

« Chaque infirmière et infirmier vit des situations traumatisantes »

Jon se réjouit du travail accompli sous sa direction dans ce centre de soins palliatifs et de ce qu’il a appris dans ce poste. Commentant ce virage extrême d’un contexte de vie ou de mort où l’incapacité de sauver un patient était considéré comme un échec à un contexte de soins palliatifs, il juge que ce changement de décor a été une décision salutaire. En plus de lui procurer le repos qu’il lui fallait après les épreuves de la pandémie, cette fonction lui a permis de s’ouvrir au cœur et à l’âme des patients en plus de soigner leur corps. Jon a appris à diriger avec vulnérabilité et a beaucoup appris de la façon dont les membres du personnel se soutenaient mutuellement, notamment au moyen du code lavande. Dans un milieu de soin où les décès sont quotidiens, ce code permet aux soignants de signifier par des mots ou des gestes leur besoin de faire le vide après une expérience de soins de fin de vie et d’obtenir le soutien de leurs collègues à ce moment. Jon souligne que chaque domaine de soins vient avec ses propres traumatismes et que les enjeux sont actuellement très élevés. Comme il le fait remarquer : « Quand ça devient pesant, comment prenez-vous soin de vous? »

Ce n’est pas nécessaire de prendre des décisions irréversibles

Tout au long de l’entrevue, Jon a souligné qu’un des aspects les plus attrayants de la profession infirmière est qu’elle offre la possibilité de se réinventer sur le plan personnel et professionnel. Après avoir exercé des fonctions de direction auprès de milliers d’infirmières et infirmiers, il continue de recommander aux infirmières et infirmiers de se doter d’une stratégie de sortie. En effet, les membres du personnel infirmier changent d’emploi beaucoup plus rapidement qu’avant et profitent de tels changements pour exercer des fonctions uniques, se recycler ou se spécialiser.

Conseils aux infirmières et infirmiers nouvellement diplômés

Revenant d’une mission d’aide humanitaire non militaire en Ukraine, Jon a souligné que de telles visites dans des milieux de soins à l’étranger peuvent nous permettre d’acquérir une dimension essentielle de la mentalité d’un soignant : la gratitude. La prise de conscience des besoins et des conditions de pratique qui existent ailleurs dans le monde nous permet de relativiser nos problèmes (sans toutefois minimiser les traumatismes parfois durables vécus par bien des infirmières et infirmiers au Canada). Désormais consultant auprès d’un organisme sans but lucratif, Jon met à profit les nombreuses compétences acquises au fil de sa carrière pour aider les autres à trouver des solutions dans le domaine de la santé.

Jon est encouragé par les innovations qui s’annoncent dans les soins de santé et par la façon dont les infirmières et infirmiers vont se faire les champions de ces progrès et des autres changements nécessaires dans le système de santé, en donnant un maximum d’amplitude à leur pratique. Il recommande particulièrement aux novices de se trouver un mentor qui les aidera au début de leur transition dans la vie professionnelle.

Publié en février 2024

Kathryn Corneau

Coordonnatrice

PASI

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